lundi 6 mai 2019

Mers Mortes


Autrice : Aurélie Wellenstein
Éditions Scrineo
364 pages – 17,90€

Mers et océans ont disparu. L'eau s'est évaporée, tous les animaux marins sont morts. Des marées fantômes déferlent sur le monde et charrient des spectres avides de vengeance. Requins, dauphins, baleines..., arrachent l'âme des hommes et la dévorent. Seuls les exorcistes, protecteurs de l'humanité, peuvent les détruire.
Oural est l'un d'eux. Il est vénéré par les habitants de son bastion qu'il protège depuis la catastrophe. Jusqu'au jour où Bengale, un capitaine pirate tourmenté, le capture à bord de son vaisseau fantôme. Commence alors un voyage forcé à travers les mers mortes...

De marée en marée, Oural apprend malgré lui à connaître son geôlier et l'objectif de ce dangereux périple. Et si Bengale était finalement la clé de leur salut à tous ?


Mon avis : 

C’est toujours un plaisir de retrouver les univers sombres et violents imaginés par Aurélie Wellenstein et Mers Mortes ne déroge pas à la règle. Après le très prenant La Mort du Temps, l’autrice nous offre une nouvelle vision post-apocalyptique de notre monde, empruntant un chemin encore plus sombre, réaliste et engagé. Dans Mers Mortes, les océans et les mers ont tout simplement disparu, la faune et la flore maritime avec. La vie sur terre est devenue presque impossible et les rares survivants se regroupent dans des bastions, subsistant difficilement dans un monde devenu hostile et aride. Avant même de mourir à petit feu, ils sont tués par une menace plus violente encore : les marées fantômes. Des vagues d’esprits d’animaux marins décimés par les hommes s’abattent sur les derniers humains, des fantômes figés dans leurs corps meurtris, avides de dévorer les âmes de ceux qui les ont détruits. Seuls les exorcistes sont capables de les repousser, voire de les détruire. Oural est l’un d’eux. Le jeune homme n’a jamais quitté la sécurité du bastion où il a toujours vécu et où il est traité comme un prince. Il en est brutalement arraché le jour où le capitaine Bengale, menant un navire fantôme, l’enlève à ce qu’il a toujours connu pour l’intégrer de force à son équipage de pirates. Oural est alors embarqué contre son gré dans une quête brutale et traumatisante qui est peut-être le seul espoir de l’humanité.

La violence et l'horreur ne sont pas édulcorées. Les marées fantômes s’accompagnent de corps d’animaux marins malmenés et brisés, qui portent pour toujours les stigmates de la violence dont les humains ont fait preuve à leur égard. Les scènes dépeignant les tortures subies par ces pauvres créatures ne sont que trop réalistes et on ne peut qu’être révolté∙es à la lecture de leur calvaire. Pollution, massacres ou braconnage, rien ne nous est épargné. L’autrice nous met à la place des animaux au moment de leurs morts, partageant habilement leur terreur et leur souffrance. L’effet est saisissant et parfois même difficile à lire, mais surtout efficace pour transmettre un message alarmant quant à la situation écologique actuelle.

Cependant, si l’univers et l’ambiance sont une réussite, je suis un peu plus mitigée quant aux protagonistes. Comme à son habitude, Aurélie Wellenstein présente des personnages principaux hors du commun, pleins de défauts et parfois difficilement attachants. Oural et Bengale sont de ceux-là. Le jeune exorciste est imbu de lui-même et inconstant, le fier pirate suffisant et intraitable. J’ai eu du mal à m’attacher à eux séparément, mais j’ai encore plus peiné à comprendre l’évolution de leur relation. Malgré ce bémol, j’ai tout de même beaucoup apprécié ma lecture. Entre fantastique horrifique avec les exorcistes et les spectres marins, post-apocalyptique à travers la disparition des mers, et aventure et piraterie au service d’une quête inespérée… On obtient un savoureux mélange qui fonctionne très bien. Mers Mortes est un roman percutant et très visuel, qui vous embarquera à bord de son vaisseau fantôme aussi sûrement que si Bengale vous avait enlevé vous aussi !

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