lundi 5 novembre 2018

Autant en emporte la musaraigne


Autrice : Maureen Wingrove / Diglee
Michel Lafon Jeunesse
215 pages – 13.95€

Alors que l'esprit de Noël prend doucement possession de Cléopâtre, les catastrophes s'enchaînent. Entre son premier chagrin d'amour, la trahison de sa mère et son tout nouvel appareil dentaire, la vie de Cléo n'est plus que douleur et injustice intersidérales.

Une seule solution : concentrer son énergie sur l'arrivée de sa grande et déjantée famille pour célébrer les fêtes à coups de cristaux magiques et de couscous géant. En attendant, elle peut interroger l'univers sur son avenir grâce aux cartes.

Mais les astres sauront-ils la préparer au coup de Trafalgar que lui réserve la fin de l'année ?



Mon avis :

C’est avec enthousiasme que j’ai dévoré Autant en emporte la musaraigne, deuxième tome du Journal Intime de Cléopâtre Wellington, saga jeunesse presque autobiographique de l’illustratrice Maureen Wingrove. Cette série, c’est un peu mon péché mignon de lectrice de fantasy, ma petite incartade vers le contemporain. Si j’ai découvert le premier tome à cause de l’autrice, plus connue pour son travail d’illustratrice engagée, c’est par intérêt que j’ai souhaité poursuivre ma lecture des aventures de Cléo, jeune adolescente déjantée et féministe en puissance. Et j’ai ri ! La jeune fille continue à affronter les déboires dus à son âge et à les retranscrire avec humour dans son journal intime. Ce deuxième tome se consacre à la fin de l’année et aux fêtes de Noël, assez… particulières, chez la collégienne. L’ambiance est douce et chaleureuse, alors que Cléo se retrouve entourée de sa famille loufoque, même si les fêtes lui réservent quelques surprises…

Cette fois encore, Maureen Wingrove pioche allégrement dans son passé pour raconter l’adolescence, rendant le texte aussi accessible aux jeunes de l’âge de l’héroïne qu’aux ados des années 2000, de l’âge de l’autrice. Autant en emporte la musaraigne est, comme l’était le précédent tome, une ode à l’amour propre et à l’acceptation. Cléo grandit, elle a des poils, un appareil dentaire et plein de complexes, mais elle est pleinement elle-même, même quand les autres la trouvent bizarre ou exubérante.  Maureen Wingrove n’oublie pas de distiller des pensées féministes dans son roman, toujours avec autant de subtilité. L’héroïne se pose des questions sur la place des femmes dans l’Histoire et dans la société avec toute la fraicheur et l’innocence d’une adolescente curieuse. Une conversation avec le professeur d’arts plastiques de Cléo fait échos à l’Inktober de l’illustratrice, qui s’est appliquée à mettre en scène des poétesses peu connues. Avec un discours drôle et éveillé, mais surtout jamais culpabilisant, elle sait donner envie d’aller plus loin et de se poser les bonnes questions.

Cette suite du Journal intime de Cléopâtre Wellington est une réussite. On ne peut lui reprocher que son format court et son côté addictif, qui font que ce tome se dévore un peu trop vite. La plume de l’autrice est toujours aussi fluide et agréable à lire, l’histoire est drôle et réconfortante et de nombreuses pistes de réflexion subtiles ajoutent à l’intelligence du récit. Vite, la suite !


En cours d'art plastique l'autre fois, le prof nous avait donné une sorte de liste des plus grands artistes contemporains, et y a que nous qui avons levé la main pour demander pourquoi il n'y avait aucune femme dans sa sélection.
Réponse du prof (mec donc) :
— On n’y peut rien, les hommes ont produit des œuvres plus significatives que les femmes.
On notera la pertinence de l’argument historique.
Marrant que, comme par hasard, il prêche pour sa paroisse.
Du coup, j’avais quand même demandé, par souci du détail :
— Mais qui est-ce qui décide qu’une œuvre est un chef d’œuvre ?
— Eh bien… Les académies, par exemple. Pour les livres, l’Académie française jouait un grand rôle, à l’époque, pour récompenser les bons romans.
— Et y avait des femmes, à l’Académie française ?
— Heu… eh bien… heu non.
— Donc c’étaient des hommes qui décidaient que les livres d’hommes méritaient plus de prix que ceux des femmes ?
— Bon, mademoiselle Wellington, vous perturbez le cours ! On retourne à l’exposé, s’il vous plaît.
Hallucinant de mauvaise foi !

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